«Il y a cinq parties du monde: lEurope, lAsie, lAmérique, lAfrique...
et Genève !».
Talleyrand, Congrès de Vienne.
Depuis environ 12000 ans avant notre ère, les traces archéologiques attestent du peuplement de Genève.
Le Moyen Age fit de la ville une cité d'Empire, dirigée par un prince-évêque. Elle fut progressivement englobée dans le domaine des princes de Savoie, qui finit par s'étendre de la Méditerranée aux frontières de Berne et de la Bourgogne jusquau Valais.
« La Rome protestante »
Le destin de Genève bascula au XVIe siècle, quand les thèses de Luther atteignirent la cité. En 1536, la Réforme et la République furent proclamées et Calvin fut appelé à Genève pour y construire la "Rome protestante". Au XVIIIe siècle, la ville devint un centre bancaire, une cité industrieuse développant les arts précieux de l'horlogerie, des émaux et des indiennes, une capitale des sciences et de l'imprimerie. Voltaire contribua à la réputation de sa ville d'accueil. Au même moment, l'action de Rousseau en faveur de la tolérance et du culte de la nature soulevait les passions.
En 1815, Genève devint un canton suisse. La vogue du tourisme marqua une première transformation urbaine des rives du lac et du Rhône au centre de la ville. La transformation néoclassique de la petite cité, qui ne comptait au début du XIXe siècle que 25'000 habitants, alla de pair avec la modernisation hôtelière et les débuts de la navigation de plaisance des « vapeurs » sur le lac.
L' Histoire de Genève en bref (selon Louis Binz professeur à l'Université) Les premières traces d'occupation humaine du site de Genève remontent à 3'000 av. J.C. environ; elles ont été découvertes sur les rives du Léman, où s'élevaient des villages lacustres. La colline de la Vieille Ville, centre de l'ancienne Genève, ne sera habitée que beaucoup plus tard, probablement pas avant 1000 av. J.-C.; vers 500, des membres de la peuplade celte des Allobroges s'y installent à l'intérieur d'un refuge fortifié. La conquête des terres allobroges par Rome fait de Genève une ville romaine. En 58 av. J.-C., Jules César la défend contre une incursion des Helvètes; la mention de cet événement dans ses Commentaires de la Guerre des Gaules est la première apparition du nom de Genève dans un texte. A l'apogée de l'Empire romain, l'agglomération se développe notablement. Peu avant 400 ap. J.-C., elle est érigée en évêché, centre d'un vaste diocèse.
En 443, une tribu germanique, les Burgondes, se fixe dans la région. Pendant trente ans, Genève abrite la capitale de leur royaume. Celui-ci est occupé par les Francs en 534 : Genève est incorporée à la monarchie mérovingienne, puis à l'Empire carolingien. La désagrégation de ce dernier, au IXème siècle, voit naître le Second royaume de Bourgogne, auquel Genève appartient. En 1032, cet État passe aux empereurs germaniques. En droit, Genève dépend désormais de l'Empire; en fait, depuis le XIème siècle et jusqu'à la Réforme, elle est gouvernée par ses évêques devenus seigneurs de la ville.
Genève reste une localité secondaire jusqu'à la fin du Moyen-Age. Ses foires, qui atteignent leur plus grand essor au XVème siècle, lui donnent alors, et pour la première fois, une réputation internationale. Cependant, son indépendance est menacée par la Savoie, dont les princes s'efforceront, du XIIIème au XVIIème siècle, de s'emparer de la ville, sans y parvenir. Au moment du plus grave danger, dans le premier tiers du XVIème siècle, l'appui des cantons suisses de Fribourg et de Berne sauve l'autonomie de la cité.
La Réforme triomphe en 1535. Politiquement, la cité est maintenant une république. Calvin s'y installe en 1536. Son génie porte Genève au rang de Rome protestante. Dès 1550, une foule de protestants, en particulier français et italiens, persécutés dans leur pays, y trouvent un asile. Sous l'égide de Calvin et de Théodore de Bèze, ils procurent à leur nouveau foyer un grand rayonnement religieux et intellectuel, marqué en 1559 par la fondation de l'Académie, ancêtre de l'Université actuelle. Les réfugiés aident aussi à redresser l'économie, en récession depuis le déclin des foires à la fin du siècle précédent.
En 1602, le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, tente une attaque nocturne contre Genève. Cette "Escalade", comme on l'appelle, échoue; sa commémoration, le 11-12 décembre, est la principale fête patriotique des genevois. Les mesures prises par Louis XIV contre le protestantisme en France font affluer une deuxième grande vague de réfugiés à la fin du XVIIème siècle. Le XVIIIème siècle fut une époque de grande prospérité. Les industries genevoises - dont la plus connue est l'horlogerie - le commerce et la banque sont florissants. Rousseau naît à Genève en 1712, Voltaire vit à proximité de 1755 à 1778. Elle a des savants de renom, tels le biologiste Charles Bonnet, le physicien et géologue Horace-Bénédict de Saussure. En revanche, elle est déchirée par des troubles civils, qui opposent classes et partis.
La révolution genevoise de 1792 détruit le gouvernement aristocratique d'Ancien Régime et proclame l'égalité politique. En 1798, Genève est annexée par la France et devient le chef-lieu du département du Leman. La défaite des armées napoléoniennes lui rend sa liberté le 31 décembre 1813. Les magistrats de la république restaurée sont conscients que leur ville ne peut plus former un État isolé; ils demandent son entrée dans la Confédération suisse, obtenue définitivement en 1815. En 1846, une révolution dirigée par James Fazy, renverse le gouvernement de la Restauration et établit la constitution qui régit encore le canton. Au cours du XIXème siècle et au début du XXème siècle, Genève accueille de nombreux réfugiés politiques; le plus fameux est Lénine, qui y séjourna de 1903 à 1905 et en 1908.
Suivant les idées du Genevois Henry Dunant, le Comité international de la Croix-Rouge est créé en 1864, première des institutions internationales que la ville va abriter. La mission internationale de Genève s'affirme après la Première Guerre mondiale, lorsqu'elle est choisie comme siège de la Société des Nations, devancière de l'Organisation des Nations Unies. Si, en 1945, cette dernière se transfère à New-York, Genève demeure le siège de son office européen. Plusieurs dizaines d'autres institutions internationales y résident, parmi lesquelles on peut citer l'Organisation internationale du Travail (OIT), l'Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce (GATT), l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) et le Conseil Oecuménique des Eglises (COE).
Louis Binz Professeur à l'Université